17 juin 2017

Teodorin Obiang, le fils prodigue de la Guinée équatoriale

Teodorin Obiang Nguema, fils du président de Giunée équatorial Teodoro Obiang Nguema le 25 juin 2013 à Malabo ©AFP


Malabo (Guinée équatoriale) (AFP)

"Je cherche toujours quelque chose d’exceptionnel", dit-il sans détour.Teodorin Obiang, fils aîné du président de la Guinée équatoriale, est jugé à partir de lundi par la justice française, qui le soupçonne d’avoir assouvi ses goûts de luxe en puisant dans les caisses de son petit État pétrolier, où bien des habitants survivent avec moins de deux dollars par jour.

Hôtel particulier, voitures de course et de luxe, costumes de marque par dizaine, jets privés, fêtes déjantées et jolies femmes...Teodorin Obiang, 47 ans, vice-président depuis juin dernier, est le premier dirigeant africain appelé à comparaître à partir de lundi dans l’affaire dite des "Bien mal acquis".

Mais il sera absent de son procès, a annoncé vendredi l’ambassadeur de Guinée équatoriale en France, dénonçant "un complot".

Né en 1969, Teodorin a dix ans quand son père Teodoro Obiang renverse son oncle, le dictateur loufoque, sanguinaire et rétrograde Francisco Macias Nguema.Le "miracle unique de la Guinée équatoriale", comme Macias Nguema se faisait appeler, avait supprimé l’école et les hôpitaux, démantelé les chemins de fer et interdit le port des chaussures dans l’ex-possession espagnole, indépendante depuis 1968.

Dans les années 80, le fils du président suit sa scolarité en France à la très sélect école des Roches en Normandie (nord-ouest), qui se targue d’accueillir les rejetons "des dirigeants du monde entier".

Teodorin, fils prodigue déjà amateur de fêtes et de dolce vita à Paris, Rio ou Malibu, n’a pas 30 ans quand il est propulsé par son père à la tête du ministère des Forêts en 1997.C’est l’époque où son pays, jadis sans ressource, s’enrichit brutalement grâce au pétrole."Au cours de la décennie 2000, le PIB a été multiplié par plus de 10", d’après une note du Trésor français.

En poste jusqu’en 2012, Teodorin passe alors pour le parrain du bois, l’autre richesse de la Guinée équatoriale, à cheval sur l’île de Malabo et sa partie continentale dans le golfe de Guinée, entre le Gabon et le Cameroun.

C’est aussi à cette époque, au tournant des années 1990/2000, que Teodorin ouvre sa porte à une équipe de télévision française à Paris dans une suite de l’hôtel Bristol, près de son quartier préféré, les Champs-Élysées.

- Trente costumes d’un coup -

Grands crus, escapade au volant de ses Bentley, Rolls, Ferrari, Lamborghini, achat de 30 costumes d’un coup chez des tailleurs célèbres..."Je cherche toujours quelque chose d’exceptionnel", lance-t-il devant la caméra à un joaillier qui lui propose une montre à 146.000 francs de l’époque (22.250 euros).

Quinze ans plus tard, l’éternel célibataire au look de rock-star (lunettes noires, cheveux lisses, barbe taillée) est poursuivi pour s’être constitué en France un patrimoine digne d’un pharaon moderne.

Pièce maîtresse : un hôtel particulier de 4.000 m2 à Paris avenue Foch - le quartier des Champs-Élysées, encore...-, où le prix du m2 se négocie entre 10.000 et 15.000 euros.

Également mis en cause en Suisse, Teodorin soigne sa popularité dans son pays, où le revenu moyen par habitant - 14.000 dollars par an, un des plus élevés en Afrique - masque d’énormes inégalités.Une grande partie des quelque 800.000 habitants vit encore sous le seuil de la pauvreté, avec moins de deux dollars par jour, d’après plusieurs indicateurs.

Doyen des chefs d’État africains en fonction, son père a promu son fils aîné vice-président en juin dernier, juste après sa réélection avec le score habituel de plus de 90% des voix.

Estimant que ce statut lui conférait l’immunité diplomatique, Obiang fils a tenté d’éviter la justice française, en saisissant en vain la Cour internationale de justice (CIJ).

La juridiction de La Haye demande tout de même à la France de protéger l’hôtel particulier de l’avenue Foch, présenté par Malabo comme le siège de sa mission diplomatique.

Vendredi, le gouvernement équato-guinéen a répété qu’un tel procès était "inacceptable".

Grand amateur de musique - "groove, acid jazz, soul, reggae, surtout de la musique qui bouge", confiait-il à la télévision française -, Teodorin organise souvent des grands concerts de fin d’année avec des musiciens africains de renom pour soigner son image auprès de la jeunesse.

Il est également à la tête de la radio-télévision Asonga, qui diffuse des clips branchés entre deux bulletins d’information et garde un oeil sur les activités de l’Association des fils d’Obiang (ASHO), une organisation de jeunesse à la gloire de son père.

Pour les fêtes de fin d’année, Teodorin devait aussi faire honneur à son surnom de Père Noël en distribuant à tour de bras des cadeaux à ses concitoyens.Sans compter, comme à son habitude.

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