12 octobre 2017

RDCongo : pas d’élection pour remplacer Kabila avant 2019

Le président congolais Joseph Kabila, le 23 septembre 2017 à l'ONU à New-York ©AFP


Kinshasa (AFP)

Pas d’élection en République démocratique du Congo avant 2019 pour remplacer Joseph Kabila : la commission électorale a discrètement lancé cette annonce fracassante au moment où l’ONU s’inquiétait mercredi d’une aggravation des crises dans ce pays-continent d’Afrique centrale.

Il fallait lire attentivement mardi la dépêche quasi-quotidienne de la Commission nationale électorale indépendante (CENI) pour tomber sur cette phrase qui commence à susciter des réactions virulentes : "La CENI a besoin de 504 jours après la fin de l’enrôlement (ndr : recensement) pour arriver au jour de scrutin".

Ce recensement étant encore en cours pendant plusieurs semaines dans les régions du Kasaï (centre) victimes de violences, la CENI affirme donc qu’il n’y aura pas d’élection avant le premier trimestre 2019 et que le président Kabila peut se maintenir au pouvoir jusqu’à cette date.Son second et dernier mandat a pris fin le 20 décembre 2016 et la Constitution ne lui permet pas de se représenter.

Cette déclaration enterre définitivement l’accord entre le pouvoir et l’opposition du 31 décembre 2016.Conclu sous l’égide de l’église catholique, le texte prévoyait des élections présidentielle, législative et locale au plus tard fin 2017.

Cet accord dit de la Saint-Sylvestre avait été conclu pour éviter de nouvelles violences après le maintien au pouvoir du président Kabila.

"Il n’y a plus à attendre.Congolais, la force de la rue, c’est maintenant...ou jamais", a réagi mercredi sur Twitter le mouvement Lutte pour le changement (Lucha).

Sollicité par l’AFP, le leader de l’opposition Félix Tshisekedi a réservé sa réaction pour jeudi matin.

M. Tshisekedi et un autre opposant, Moïse Katumbi, demandent "une transition sans Kabila" après le 31 décembre 2017, "conduite par des personnalités consensuelles chargées de préparer les élections".

- Retour des tensions -

La dépêche de la CENI est tombée alors qu’à New York, le Conseil de sécurité des Nations unies tenait une réunion sur la RDC, en présence du représentant de l’ONU à Kinshasa, Maman Sidikou.

Crise politique, sécuritaire, humanitaire... : M. Sidikou a dressé un tableau sombre de la situation dans ce pays géant d’Afrique centrale (2,3 millions de km2, deux fuseaux horaires, au moins 70 millions d’habitants, neuf frontières).

Dans son intervention, M. Sidikou s’est inquiété du "retour d’un climat d’incertitude politique et de tensions" dû à l’absence d’élection avant fin 2017, posant également la question du sous-financement de l’organisation du scrutin.

L’émissaire de l’ONU a aussi affirmé que "les journalistes, les opposants politiques et les activistes de la société civile font toujours l’objet d’intimidation, de harcèlement et de violence".

"Dans ce contexte d’incertitude politique, la situation sécuritaire s’est davantage détériorée dans plusieurs régions", a-t-il ajouté, citant le Nord et le Sud-Kivu, le Tanganyika et le Kasaï.

M. Sidikou s’est aussi inquiété de "la dégradation de la situation humanitaire" : "Nous comptons environ 8,5 millions de personnes - y compris 5,5 millions d’enfants - ayant actuellement besoin d’assistance humanitaire.Le nombre de personnes déplacées à l’intérieur du territoire a atteint 3,8 millions de personnes, et plus de 621,000 congolais ont cherché refuge" dans les pays voisins.

Dans un rapport spécial intitulé "Revue stratégique de la mission de l’ONU en RDC", signé du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, et publié mercredi, les Nations unies semblaient déjà anticiper le report des élections. 

"La majorité des interlocuteurs consultés reconnaissent que le calendrier des élections fixé dans l’accord du 31 décembre (2016) ne sera pas respecté", est-il écrit dans ce document.

La force de Casques bleus Monusco de l’ONU, la plus importante opération de paix des Nations unies menée avec quelque 18.000 hommes, a revu son implantation en RDCongo pour tenir compte notamment d’une diminution de près de 9% de son budget intervenue en juin sous l’impulsion des Etats-Unis.

Près de 1.700 Casques bleus vont quitter prochainement le pays et la Monusco est en train d’expérimenter une "stratégie de protection par projection" afin d’avoir "une plus grande flexibilité dans sa mission de protection des civils", a indiqué mercredi Maman Sidikou.

L’objectif à terme est de disposer "de bataillons de déploiement rapide" au lieu d’unités statiques, selon des sources diplomatiques.Pour toutes les opérations de paix de l’ONU, il faut gagner "en flexibilité, mobilité, rapidité, pro-activité", résume l’une d’entre elles.

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